Accueil et formation des nouvelles infirmières
Un dispositif d'auto formation utilisant les technologies en complément d'un tutorat de terrain

Cet article est réalisé par Genevieve Materne Infirmière Cadre Responsable de la formation continue à l'Infirmière Cadre Responsable Formation Continue à l'IFAC InterCommunale Famenne Ardenne Condroz (Belgique).
La synthèse du travail présenté ci-dessous a été réalisé pour l'obtention du Diplôme Interuniversitaire d’Etudes Spécialisées en Technologie de l’Education et de la Formation
Ce travail a obtenu le 1er prix dans la catégorie travail d'équipe du 2ème concours organisé par l'association FORMA TIC Santé en partenariat avec l'association Sixi (Belgique). A l'occasion des 5èmes journées d'études de l'association, le 2 février 2007 à Nimes, Geneviève Materne a pu présenter la synthèse de ce travail.

La question de la formation des nouveaux engagés dans le département infirmier est actuellement fort travaillée dans les différentes institutions hospitalières belges. L'infirmière (1) nouvellement diplômée a acquis de nombreux savoirs théoriques et techniques pendant ses études. Elle a eu l'occasion d'apprendre à les utiliser en situation de stage. Toutefois, le développement de ses nouvelles compétences, puis leur maîtrise passera nécessairement par la connaissance de son nouvel environnement professionnel et des ressources humaines et matérielles nécessaires à leur mise en œuvre.

Or, les conditions de son engagement sont souvent contraignantes : le nouvel engagé, sans expérience (de son nouveau terrain spécifique et/ou de la profession), doit être très rapidement performant dans le contexte d’une difficile gestion du temps par les équipes. Comment, dès lors, mettre à sa disposition les moyens pour l’y aider ?
Une Circulaire Ministérielle du 29/11/2000 justifie et finance la création d’une nouvelle fonction d’accompagnement des étudiants et des personnels entrants et rentrants dans le département infirmier. Elle a été mise en place pour pallier l’environnement de plus en plus technique et complexe de la profession d’infirmière.
A l’IFAC (Intercommunale Ardenne Famenne Condroz), cette fonction existe depuis 2002.

Au même moment, un système de tutorat sur le terrain, par les pairs, se développait grâce à une recherche-action menée en collaboration avec le CRIFA (Ulg) (2).
Si l’évaluation du tutorat a montré de réels bénéfices dans l’accueil et l’intégration du nouveau dans son équipe ainsi qu’une accélération significative dans l’acquisition des compétences spécifiques de base, elle a toutefois montré quelques limites dans les effets attendus et mis en évidence certaines contraintes dans une organisation institutionnelle complexe.
Il nous a donc été nécessaire de comprendre ces difficultés et de tenter d’y apporter des solutions.

L’analyse du contexte d’enseignement / apprentissage nous a montré que, tant dans le contexte scolaire qu’institutionnel, l’auto formation n’est pas prégnante dans la culture infirmière. Pourtant, notre environnement nécessite une flexibilité sans cesse croissante dans nos compétences et une formation, tant à l’embauche qu’en continu, est essentielle.
La gestion du temps par les équipes -et singulièrement par les tuteurs- devient extrêmement complexe. En outre, les besoins disciplinaires deviennent de plus en plus spécifiques. Dans ce cadre, il est donc opportun de développer des pratiques d’autoformation.

L'infrastructure technologique, tant à l'école qu'à l'hôpital n'est pas encore très développée ni utilisée. Pourtant, des initiatives se développent et nos plus jeunes sont sensés pouvoir en profiter. La solution des TICE (3) , quoique innovante, pourrait donc être adaptée à notre actuel et futur public cible.

Les connaissances acquises par la mise en place puis l'évaluation du tutorat ainsi que l'apprentissage des concepts et principes de l'andragogie (4) et du socioconstructivisme (5) ont été d'un apport essentiel dans notre parcours. Considérant le nouveau au centre de son apprentissage, nous l'avons appréhendé comme un adulte autonome, capable de se prendre en charge, de décider de se former ou pas, capable de savoir comment il va se former. Il a des objectifs, des besoins et les connaît. Notre rôle sera d'y répondre, par un dispositif de formation qui lui présentera des données très rapidement transférables sur le terrain. Riche de ses expériences passées et de ses pré acquis, il pourra lui-même construire son nouveau savoir et en sera responsable. Dans une large mesure, le dispositif sera flexible, en fonction des besoins de chacun.

Concrètement, nous entendons permettre aux apprenants qui le souhaitent, de travailler, à partir d'un dispositif technologique, sur des situations problèmes très proches du contexte de terrain. Les nouveaux utiliseront leurs différents savoirs, choisiront les bonnes ressources (écrites ou personnes) et mettront tous ces éléments en lien pour les résoudre hors terrain. Ils pourront ensuite, forts de cette expérience, retourner auprès de leurs collègues et tuteurs afin de les transposer dans leur réalité professionnelle.
De même, le vécu d'une situation problématique non résolue devrait les amener à la recherche des informations nécessaires, si elles leur font défaut, dans le module d'autoformation. Cette recherche participera également à la construction et à l'approfondissement de leur compétence.
Le nouvel engagé aura également la possibilité de participer à quelques travaux collaboratifs avec d'autres nouveaux de son institution, confrontés au même environnement.
Enfin, capable de tirer des leçons de son expérience de terrain et de sa formation, il fixera lui-même les objectifs à poursuivre pour progresser.

*Dispositif FAN = Dispositif Formation Accompagnement des Nouveaux

Face au libre choix qu'il a d'utiliser – ou non – le dispositif, le nouveau va être amené à définir ses propres besoins, à les clarifier et à les formuler à l'ICANE (6) . Ses expériences passées alliées à son goût de l'apprentissage sont autant de variables personnelles qui détermineront son besoin et sa motivation.
Il ne s'agit pas d'une formation en libre service. L'infirmier(ière) chargé(e) de l'accompagnement des nouveaux établira un réel contrat éducatif avec l'apprenant et l'infirmière en chef. Le nouveau mettra au clair ses freins et motivations à l'utilisation des modules d'auto formation. Celle-ci sera négociée quant à ses modalités.
Les différents formateurs (ressources professionnelles) seront accessibles tout au long du cycle d'auto formation (e-mail et présentiel).

Nous avons utilisé les technologies dans un souhait de vaincre les limites imposées au tutorat par une réalité hospitalière difficile. Nous avons précisé leur indispensable alternance avec le système de tutorat. Elles ne remplaceront pas l'accompagnement du nouveau par le tuteur, en situation de travail. Elles ne remplaceront pas non plus l'expérience acquise dans l'exercice de la profession par des mises en situations concrètes bien plus complexes que celles qui seront expérimentées dans les modules d'auto formation, les variables environnementales étant multiples et changeantes. Toutefois, ces mêmes technologies aideront l'apprenant à modéliser des processus efficaces dans ses décisions et ses actions, lui permettant une expérimentation en milieu protégé avant d'affronter la réalité complexe de terrain.

L'élaboration de ce dispositif émane d'un travail collaboratif entre différents acteurs : infirmières chefs, infirmières tuteurs, ICANE, nouvelles infirmières et infirmière chef de services chargée de la formation permanente. Bien que constituant une innovation de service (pédagogique) et de produit (technologique), nous espérons coller ainsi au plus près de la réalité de terrain. Nous sommes bien conscients des peurs et des freins, des résistances au changement que nous rencontrerons inévitablement et que nous espérons atténuer grâce à l'information et à la communication. Ce travail de recherche mené en groupe est par ailleurs réellement dynamisant et enrichissant, tant au niveau individuel qu'au niveau institutionnel et peut contribuer, à terme, à faire de notre institution un « hôpital magnétique ».


(1) Notre profession étant encore souvent féminine, nous emploierons ici le terme « infirmière » pour désigner notre collègue, quelque soit son sexe
(2) Centre de Recherche sur l'Instrumentation, la Formation et l'Apprentissage – Université de Liège.
(3) Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement
(4) L'andragogie est la pédagogie pour adultes.
(5) La perspective constructiviste permet de concevoir la manière dont le sujet élabore ses propres connaissances, avec les autres, dans un contexte culturel et social particulier.
(6) Infirmier(ière) chargé(e) de l'Accompagnement du Nouveau et des Etudiants

Pour consulter et télécharger le memoire réalisé par l'auteur de l'article, Genevieve Materne, cliquer ici.